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Pair-aidant, expert du vécu, témoin du vécu, pairémulateur, travailleur-pair, conseil par les pairs, et autres…

Qui sont-ils ?                                                                        

Alors que la pair-aidance est encore largement pratiquée de façon volontaire ou bénévole, celle-ci prend également une dimension professionnelle depuis quelques années.

Avec la naissance d’une pratique encadrée et rémunérée, selon les domaines d’activités et le statut des travailleurs, plusieurs termes sont alors utilisés pour définir cette activité.

Nous entendons parler de pair-aidant, d’expert du vécu, de médiateur de santé pair, de pairémulateur, de travailleur pair et bien d’autres dénominations.

Essayons ensemble d’y voir plus clair dans ces différentes appellations.

Le pair-aidant, témoin du vécu ou le travailleur pair

Le pair-aidant repose, dans les champs de l’intervention sociale et médico-sociale, sur le principe d’un accompagnement des personnes par des  » pairs « , c’est-à-dire d’usagers dotés de  » savoirs d’expérience  » acquis au fil d’un parcours de vie similaire à celui de ces personnes. Le travail pair est ainsi exercé par des personnes ayant un vécu qui les a confrontées à de grandes souffrances (grande précarité, troubles psychiques, addictions, handicap, etc…). Ainsi, à l’inverse d’un recrutement classique, s’attachant à valoriser un parcours professionnel et des qualifications, le travailleur pair met en avant les compétences savoir-être et savoir-faire, issus de son propre parcours de vie.

Il devient une source d’espoir par l’exemple qu’il donne aux autres qu’une résilience et qu’un rétablissement sont possibles.

La pair-aidance est donc une pratique qui repose sur l’entraide entre personnes vivant ou ayant vécu des parcours de vie en situation difficile. Le pair-aidant a acquis une expérience avancée de rétablissement psychique ou social ou d’amélioration de la qualité de vie liée à une maladie mentale, une assuétude ou de la précarité.

Les connaissances sur ces difficultés et le savoir expérientiel des pairs-aidants, permettent aux patients d’être optimistes sur le rétablissement.

Les experts du vécu

L’expert du vécu est défini comme « une personne qui a vécu la pauvreté et qui a assimilé et élargi ses propres expériences afin d’être capable d’utiliser cette expérience de la pauvreté de façon compétente dans un objectif de lutte contre celle-ci. L’objectif principal de l’expert du vécu est de créer un chaînon manquant entre les personnes en situation de pauvreté et les services publics fédéraux »1.

Le travail avec les experts du vécu met en lumière ce que les administrations ne voient pas nécessairement. Leurs tâches ne relèvent pas de l’aide ou de l’assistance sociale. L’expert du vécu travaille dans et pour l’administration, il n’est pas au service des usagers, il est leur porte-parole.

La fonction de pair-aidant et d’expert du vécu, malgré des racines communes, sont donc très différentes. Le travail du pair-aidant est le plus souvent orienté vers la personne et ses problématiques. L’expert du vécu, quant à lui, se retrouve plutôt au sein des administrations pour relever les obstacles de processus qui augmentent l’exclusion ou la difficulté d’accès aux droits. Ces difficultés ne sont pas nécessairement perçues par les services publics.

L’expert du vécu est engagé avec un statut défini qui existe depuis 2004 grâce à un projet pilote du service public fédéral. Actuellement une bonne trentaine de personnes travaille avec ce statut.

Le médiateur de santé pair

Le médiateur de santé pair est la dénomination en France d’un pair-aidant professionnel. Pour devenir médiateur de santé pair, il faut suivre une formation continue d’un an qui comprend des temps de formation théoriques alternant avec un stage pratique. Il s’agit actuellement d’une spécialité dispensée dans quelques universités en France au niveau de la troisième année de licence en sciences sanitaire et sociale. Son domaine d’activité est la psychiatrie et les maladies mentales.

D’autres appellations peuvent aussi se retrouver dans les institutions françaises telles que pair praticien en santé mentale, intervenant communautaire en santé mentale, travailleur pair professionnel, pair professionnel en psychiatrie, etc, …

Le pairémulateur

« La pairémulation est la transmission de l’expérience par les personnes handicapées autonomes, pour les personnes handicapées en recherche de plus d’autonomie, et avec le but de renforcer la conscience de ces dernières quant à leurs possibilités, leurs droits et leurs devoirs. » (Charte 2005)2 .

Le “ peer counseling ” ou “conseil par les pairs ” ou aussi « pairémulation », s’appuie sur la transmission de l’expérience du vécu par des personnes vivant des situations similaires. Il est fondé sur le postulat que les personnes, en situation de handicap, sont responsables et compétentes du fait de leurs expériences sur les questions d’accessibilité, de maintien du lien social, d’expertise technique des systèmes et des outils d’accès à l’autonomie.

Le parrainage

Parfois la prise en charge individuelle d’un usager en santé mentale ou en addictologie prend la forme d’un parrainage par une personne de référence. Un lien particulier s’établit alors avec cette personne.

Ce transfert cognitif et affectif aide l’usager à se rétablir. Le soutien de ce parrain est d’une grande valeur thérapeutique.

Considérés comme les précurseurs de la pair-aidance, les Alcooliques Anonymes (AA) ont été les premiers à le démontrer. Leur approche comporte plusieurs éléments bénéfiques, tels que les réunions, le programme en « 12 étapes », et un élément majeur, le parrainage d’un individu par un pair. Depuis lors sont apparues de nombreuses organisations reposant sur le principe du parrainage et des groupes de pairs.

 

Alors ; pair-aidant, travailleur pair, expert du vécu, pairémulateur, médiateur de santé pair, … ?

En fonction de la pathologie, du secteur d’activité, du statut du travailleur, de la formation ou même du champ d’intervention, chaque institution, chaque association aime à utiliser une dénomination qui lui est propre et qui la différencie. Cependant, il y a un point commun à toutes ces appellations dans chaque cas, il s’agit d’une entraide entre personnes ayant rencontré des difficultés communes, d’une aide entre pairs… On peut parler de pairs-aidants.

A l’heure où l’asbl En Route réunit, pour des rencontres d’échanges, des pairs-aidants de Flandre, de Wallonie, de France, du Québec et de Suisse, au moment où le service public fédéral envisage d’engager une grosse centaine de pairs-aidants dans le secteur de la santé mentale, je suis très confiant pour l’avenir de la pair-aidance et je reste « pair-suadé » que les « pairs-aidants » ont encore de belles « pair-spectives »… 

1 DE CORTE J., KERSTENNE C., NISEN L., ROETS G., « Evaluation de l’apport des experts du vécu en matière de pauvreté au sein des services publics fédéraux », Bruxelles, SPP Intégration sociale, 2015.

2 GROUPEMENT FRANÇAIS DES PERSONNES HANDICAPEES

 http://gfph.dpi-europe.org/gfph/gfph/StatutsEtReglements/charte2005def.pdf

Patrice

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