Travailler, oui. Mais où et avec qui ?

Les pairs-aidants diplômés travailleront dans le secteur public ou dans des ressources (= associations) communautaires.  Les ressources communautaires peuvent être « alternatives » ou non. Le nombre important d’organismes communautaires au Québec est une grande richesse. Qu’entend-t-on par « ressources alternatives » ? Nous avons rencontré Jean-Pierre Ruchon, coordinateur du « Regroupement des Ressources Alternatives en Santé Mentale du Québec » et sa collègue, Annie Pavois. « Il s’agit pour nos ressources, de travailler « ailleurs et autrement », expliquent-ils,   le gouvernement les subsidie  pour qu’elles fassent autre chose que ce qui est offert de manière traditionnelle ». Chacune des ressources va avoir une mission différente : lieu pour « se déposer », entraide, ressource de soutien thérapeutique, centre de crise, centre d’hébergement etc. Dans ces espaces, la culture veut qu’il n’y ait pas de fossé soignant/soigné. La participation y est effectivement encouragée puisque la moitié des membres de l’Assemblée Générale est constituée d’usagers.  Un nombre très restreint de pairs-aidants certifiés travaillent au sein des ressources alternatives. Celles-ci  reconnaissent l’expertise du vécu des personnes ainsi que des rapports égalitaires entre les intervenants et les personnes utilisatrices. « En réalité, nous faisons de la pair-aidance depuis trente ans », explique Jean-Pierre Ruchon, « nous sommes  vigilants  aux discours qui définiraient les uns au détriment des autres (eux versus nous) ».    Quand en est-il de la place des pairs aidants au sein d’une équipe médicale ? Plusieurs intervenants de la santé au Québec sont représentés par des Ordres professionnels spécifiques. Dans ce contexte,  il est normal de se questionner sur la place qui sera faite aux pairs-aidants : « Oui, le pair-aidant peut combler un espace et avoir l’opportunité de créer un lien privilégié avec les personnes mais il peut aussi se retrouver dans un entre deux inconfortable». Pour Jean-Pierre et Annie Pavois, la formation des pairs-aidants est trop courte. « Elle n’est pas d’une durée suffisante pour combattre les préjugés », disent-ils « un des risques est que le pair-aidant devienne le faire-valoir par exemple du médecin ou de l’équipe. Il y a beaucoup d’enjeux mais évitons de faire des généralités, les expériences sont très variées ». En ce qui concerne le processus de rétablissement, Jean-Pierre et Annie se montrent plus critiques quand le rétablissement est le principe de base du plan d’action en santé mentale du gouvernement du Québec: « Le risque, ce serait de s’entendre dire « on t’a donné tous les moyens pour que tu t’en sortes (pour que tu trouves un emploi, par exemple), on t’a donné les moyens, on a mis des services autour de toi et tu ne t’es pas rétabli, c’est de ta faute » ». « Et donc », poursuivent-ils, « on ne respecte plus le choix de la personne ni son rythme ».  Autrement dit, les problèmes de santé mentale, selon le regroupement des ressources alternatives, ne sont pas seulement reliés à la personne. Et le risque que le système s’appuie sur le rétablissement est réel. « La psychiatrie a changé complètement, on a diminué le nombre des hospitalisations, les temps d’hospitalisations aussi. Les personnes se tournent vers le communautaire. Ça ne veut pas dire qu’on a un pouvoir sur le changement social en tant que tel ».