Se détacher de l’intervention : l’expérience Sherpa

Pech est un organisme communautaire comprenant huit volets de services  incluant Sherpa, un centre d’activités sur le rétablissement à Québec. Pierre-Éric y vient régulièrement pour se recréer du réseau, sortir de chez lui  et de son isolement.  C’est là, dans l’espace rencontre, qu’il vient prendre régulièrement un  café. Il y accueille les gens, explique, entre autres, les volets de services de l’importante structure PECH.  Il participe activement à l’accueil des gens, la mise sur pieds de projets répondant aux besoins des personnes (Soutien à l’offre de coiffure à prix modique, partage de son expérience auprès des stagiaires et autres activités) participant ainsi au développement du vivre ensemble et l’entraide entre pairs. « La communication, c’est ma force », dit-il. Par ailleurs, Pierre-Éric participe à des activités de formation et d’autres activités diverses comme le Tai Chi, le théâtre d’improvisation ou le dessin. Il se dit bien « soigné ». Bien sûr, certains symptômes subsistent mais rien ne l’empêche de « fonctionner » convenablement et de prendre des responsabilités. Il est bénévole. « Je ne suis pas prêt à assumer la tâche de pair-aidant », poursuit-il, « parce qu’il faut un certain temps et une bonne constance dans la vie ». Pierre-Éric était déjà à Sherpa quand un pair-aidant y travaillait. « C’était une bonne chose », explique-t-il, « il était disponible pour les gens, il pouvait nous raconter ses expériences de vie, donner des pistes de solutions, nous expliquer comment il en était arrivé à sortir de sa problématique. C’est un gros manque».  Pierre-Éric voit dans le départ du pair-aidant une question de budget. Son de cloche un peu différent du côté de la responsable de la programmation en la personne de Lydia Trahan.  « Effectivement, la personne a quitté le centre pour une retraite bien méritée, explique Lydia Trahan, et je n’ai pas renouvelé l’expérience. Non pas parce que nous trouvons la pair-aidance inintéressante, c’est au contraire essentiel, mais dans l’idée du volet de services Sherpa, nous voulons que les gens se détachent un peu de l’intervention. Nous nous sommes rendu compte que, parfois, les seules personnes de l’entourage des utilisateurs, ce sont les intervenants. Il ne faut pas oublier que le pair-aidant ne sera pas dans la vie de la personne en permanence». Autrement dit, Sherpa souhaite plutôt développer la résilience, l’entraide entre pairs. « On n’a pas toujours besoin d’un intervenant, chacun possède la richesse de sa propre expérience et le partage de cette richesse d’humain à humain amène une solidarité entre les gens et  nourrit le besoin de donner et de recevoir», explique Lydia Trahan, « nous essayons de conscientiser et de responsabiliser les personnes ». Ici aussi, comme au Regroupement des Ressources Alternatives, le jugement sur la pair-aidance de manière générale est nuancé. Ecouter et entendre les expériences de pairs-aidants reconnus (comme Luc Vigneault, voir plus loin), peut avoir un double impact. D’une part cela suscite l’espoir mais, d’autre part, pour certains, il peut y avoir découragement devant le travail de rétablissement accompli. Ceux-là oublient que c’est leur propre chemin qui est important, quel que soit le rythme sur lequel ils y avancent. Mais quoi qu’il en soit, ces utilisateurs sont toujours très à l’écoute de ces témoignages, source de partage de savoirs expérientiels riches sur la résilience. Sur le plan humain, tout simplement.