S’apprivoiser mutuellement

Baptiste Godrie est professeur associé au Département de sociologie de l’Université de Montréal et chercheur au Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales et les discriminations (CREMIS). Il travaille sur la compréhension de la production des inégalités sociales et la reconnaissance des savoirs. Sa thèse sur le croisement entre les savoirs expérientiels et les savoirs professionnels l’a amené à rencontrer des pairs-aidants d’équipes de suivi intensif et variable. Il a mené une cinquantaine d’entretiens en deux ans et demi. Les grands constats de son étude ont été ceux-ci : les formations académique et clinique ont une certaine suspicion à l’égard des savoirs expérientiels. Les chercheurs et les cliniciens ne les reconnaissent pas toujours. Les savoirs expérientiels des usagers sont parfois ignorés et méconnus. « Il s’agit dès lors de se donner des méthodologies pour penser les conditions de la rencontre entre ces différents savoirs, » explique-t-il. Ensuite, l’étude a montré que les équipes doivent être bien préparées. On leur demandera également d’être ouvertes et bienveillantes. « Il s’agit de s’apprivoiser mutuellement, d’admettre que chacun détient un morceau du savoir ». La clé serait alors de partager le postulat de la diversité des savoirs pour mener à l’ouverture des équipes. « Pour le professionnel, l’expérience n’est pas un savoir », explique le chercheur, « il peut le devenir quand on a vécu des régularités  et que l’on parvient à avoir un pouvoir d’action sur ces régularités et que ce pouvoir ait une valeur instructive pour les autres. Il y a le savoir « pour soi » et le savoir collectif, « pour les autres ». Au travers de l’échange entre pairs, il s’agit de rendre le savoir moins individuel. On ira alors vers plus d’ouverture ».  L’étude de Baptiste Godrie a également mis en lumière la richesse des pratiques développées par les pairs-aidants. Une quinzaine de pratiques ont été documentées. Parmi elles, la mise en place d’un système de prévention avant un P38 (ce qui correspond à notre procédure de mise en observation) et d’accompagnement pendant cette procédure ou encore, l’idée d’aller vers la médication au besoin plutôt que forcée. Tout ceci devrait mener à l’objectif commun à tous c.-à-d. le bien-être du patient. Avec le regard expérientiel, on peut faire mieux ! Plusieurs indicateurs le démontrent : la réduction des séjours en hôpital, le meilleur suivi (on parle de choses plus personnelles), l’enseignement de la médication ou encore, la fréquence diminuée des retours à l’hôpital. « Il faut une diversité de pairs-aidants comme il y a une diversité d’usagers sur le terrain », explique encore Baptiste Godrie.   La formation ne doit donc pas être excluante (par les prérequis nécessaires). Questions : quels sont les savoirs qui sont en moi ? Comment les utiliser ?