Pour ne pas briser le rêve

Pour éviter que le rêve de devenir pair-aidant ne se brise devant la difficulté du métier, il est absolument nécessaire de prendre en compte les nombreux obstacles qui risquent de se présenter, si le « terrain » n’a pas été bien préparé. Quelles sont ces difficultés ? Elles sont liées d’une part aux pairs-aidants, et d’autre part, aux professionnels de l’équipe accueillante. Exemple du côté des pairs-aidants, d’abord. Le rôle de celui-ci peut manquer de clarté. Devant le risque de confusion, il est nécessaire de bien définir les rôles de chacun. Bien définir son rôle, c’est aussi savoir mettre ses limites. Le pair-aidant, dont la mission première sera de se « dévoiler » et d’être capable de raconter son histoire, sera amené à le faire de manière judicieuse, par « petites touches ».

Du côté de l’équipe accueillante ensuite. Même si les résistances à l’arrivée des pairs-aidant dans les services semblent avoir diminué au cours de ces dernières années au Québec, il conviendra de bien comprendre les préoccupations des professionnels. Leurs questions sont multiples: Comment accueillir et aborder ce pair-aidant? Comment travailler avec lui ? Comment lui faire confiance ? Risque-t-il de nous prendre notre emploi ? En quoi serait-il une plus-value dans l’organisation des soins? Sera-t-il autorisé à consulter le dossier médical ? Quid du secret professionnel ? Aura-t-il l’autorisation d’assister aux réunions de staff etc.? Et puis… Serons-nous amenés à le  considérer comme un collègue, au même titre que les autres ? Ces questions méritent absolument d’être approfondies ensemble, entre tous les membres de l’équipe. Françoise a commencé son métier de pair-aidante il y a 7 ans. Après une première expérience réussie, elle a intégré un nouveau poste depuis  trois ans. Confrontée au manque de bienveillance des collègues, elle parle de stigmatisation au sein de son équipe de travail. « Personne ne vient me poser de questions », dit-elle, « quand j’arrive au réfectoire, tout le monde s’arrête de parler. Heureusement,  j’ai un excellent contact avec les usagers et une vie sociale riche». A ce propos, le rôle des « communautés pratiques »  peut être déterminant. Il s’agit d’un réseau où les pairs-aidants, à raison de rencontres de 2h-2h30 toutes les 4 à 6 semaines,  peuvent se retrouver pour élaborer des stratégies, développer des outils ou dénoncer des impasses. C’est l’occasion aussi, bien sûr, de se soutenir les uns les autres. Un manque de préparation du milieu d’embauche peut provoquer plus ou moins rapidement une rechute du pair-aidant. « Cela peut arriver, personne n’est à l’abri », explique Annie Beaudin, « Des aménagements raisonnables peuvent exister mais il faudra alors que tout le monde y ait droit ». Les Québécois espèrent ainsi éviter tant que possible la stigmatisation. Le recours au mentor - personne de confiance/référence - est conseillé.  Le manque de préparation du milieu d’embauche, c’est ce qu’a connu Françoise dans son nouveau travail mais les objectifs auxquels elle tient restent les mêmes : insuffler de l’espoir (on peut s’en sortir), briser l’isolement ou encore, favoriser l’entraide entre pairs. « Les usagers me donnent encore des nouvelles après leur sortie, explique-t-elle, et ça, c’est valorisant ».