Nous sommes le 30 août 2016

Nous sommes le 30 août 2016. Guillaume est venu avec son père. Le sourire est de mise puisqu’il vient de décrocher son diplôme de pair-aidant en santé mentale. Et c’est ici, à  Québec, qu’il est venu le chercher, comme quatre autres de ses condisciples. Les neuf autres de la promotion 2016 ne sont pas présents lors de cette remise officielle des diplômes. Une absence regrettée mais, semble-t-il, compréhensible vu l’agenda chargé des ex-étudiants. «La formation a changé ma vie », nous dira Guillaume, « se former, c’est accompagner et écouter. Après une journée, on est vidé ». La formation dure 15 jours seulement – plus 6 jours de stage - mais elle est intensive et effectivement, fatigante : « Les gens sont ensemble le soir comme la journée », explique Sandrine Rousseau, assistante-coordinatrice du Programme, « ils apprennent à se connaître, se racontent leur histoire de vie. Cela crée un sentiment d’appartenance très fort, ça mobilise les personnes. Nous réfléchissons à l’idée d’allonger d’une semaine la durée du cursus».  Pour Guillaume, le diagnostic est tombé il y a 18 ans : schizophrénie. Le parcours du combattant pouvait commencer. Sur ce parcours, la rencontre d’un certain François a été capitale puisque ce dernier lui a dit : « On peut être heureux même si l’on est schizophrène ». Guillaume l’a pris au mot, encouragé et entouré par sa famille. « Je ressens une très grande fierté », explique son père, « je l’ai toujours encouragé dans ses expériences, dans son chemin si riche d’émotions. Il a suivi des cours pour devenir boulanger, ouvrier de la construction, quoi encore. Je disais : tu veux essayer ?, essaie ! ». Aujourd’hui, Guillaume nous dit : « Je veux encourager les autres, la vie est belle, on peut s’en sortir. Moi, j’ai envie de dire à mes pairs : C’est dans la nuit la plus noire qu’on voit le plus d’étoiles». Actuellement, le tout fraîchement diplômé pair-aidant travaille 15h/ semaine dans une petite entreprise de travail à la chaîne. Il ne s’agit pas d’un poste de pair-aidant mais l’espoir qu’un tel poste se crée prochainement dans l’entreprise est bien présent. L’idée de travailler à partir du principe de la promesse d’embauche est assez récente au Québec. Elle fait suite au constat des années précédentes : les pairs-aidants diplômés n’ont pas tous trouvé un emploi, même après plusieurs mois de recherches. Aujourd’hui, les futurs étudiants arrivent donc en début de formation avec, en poche, une promesse d’embauche mais qui ne se concrétise pas toujours « Le taux de placement est de 66%, explique Annie Beaudin, coordinatrice du Programme, et nous formons 10 à 15 pairs-aidants par session».  La formation, offerte par des pairs-aidants en les personnes d’Annie Beaudin et Sandrine Rousseau, entend favoriser le vivre-ensemble et l’entraide entre pairs. Au programme : visionnage(s) de film(s), ateliers d’animation, stage d’intégration dans le futur lieu de travail, jeux de rôle, notions du rétablissement, de la toxicomanie, outils utilisés par les pairs-aidants etc. « Cette formation représente quelque chose de très important pour les participants, poursuit Sandrine, c’est un rêve pour eux. La moyenne de réussite tourne autour des 80% ».  La promesse d’embauche est une des conditions à remplir pour être sélectionné pour la formation. La seconde, évidente, est de vivre/avoir vécu avec un problème de santé mentale. Il y a d’autres conditions encore comme l’aisance avec laquelle la personne raconte son propre vécu, le bon niveau de français parlé et écrit, le niveau d’étude collégial (entre le secondaire et l’universitaire) mais aussi et surtout sans doute, le recul, la distance par rapport à la « maladie ». Il est intéressant de noter que les  Québécois, contrairement à nos compatriotes, ont tenté de déterminer le degré de recul de la personne. Celle-ci doit répondre à un questionnaire, détailler sa motivation et raconter son expérience personnelle. Ces trois exercices permettent déjà d’avoir une bonne vue d’ensemble de la distance que la personne a pris par rapport à ses difficultés passées/présentes.  Si le candidat est sélectionné, il bénéficiera, outre des 15 jours de formation – au terme de laquelle il devra réussir un examen et présenter un travail -  du soutien à court et long terme de l’AQRP en tant qu’étudiant mais aussi, en tant que pair-aidant diplômé.