Croire au potentiel des gens sans réserve

Luc Vigneault est pair-aidant. Nous le rencontrons dans son (grand) bureau de l’ (imposant) l’Institut Universitaire en Santé Mentale du Québec, un grand hôpital et un centre de recherche. Son job, il l’a décroché après des années de galère mais aussi de travail acharné pour « s’en sortir ».  Ses nombreuses expériences de vie et de rétablissement lui ont permis de développer une expertise hors du commun. Son implication à l’APUR (Association de Personnes Utilisatrices des Services de Santé Mentale) ou dans des groupes d’entraide  et de soutien l’ont aidé à monter les marches du podium et à devenir le pair-aidant respecté et admiré qu’il est aujourd’hui. Deux mandats pour Luc. Le premier l’amène à travailler dans une équipe mobile d’intervention et le second, à conseiller la haute direction de l’institut. Il en relève d’ailleurs directement. Toutes les deux semaines, il rencontre la directrice générale et se fait le porte-parole des usagers, ce qui lui donne un sacré pouvoir de décision sur les services. Ses autres activités lui permettent de mettre à profit ses compétences d’auteur et de conférencier.  Luc donne également des formations sur le rétablissement entre autres pour les entreprises privées. C’est lui aussi qui accueille les nouveaux employés qui reçoivent une formation sur le rétablissement. « Pour se rétablir, il faut réunir une série de conditions », explique Luc Vigneault, « pour être un bon pair-aidant, il en faut d’autres. Essentiellement, ce dernier apporte de l’espoir et favorise la réappropriation du pouvoir d’agir ». Quelles sont les qualités du pair-aidant ? « Croire sans réserve au potentiel des gens, insiste Luc, ne pas juger ou préjuger de ce que les gens sont capables ou pas capables de faire. Le pair-aidant doit croire au projet de vie de la personne et l’accompagner ». Un bon pair-aidant est aussi un pair-aidant qui sait écouter. Ecouter est un art « On a deux oreilles et une bouche ».  Enfin, prendre soin du rythme de la personne, voilà qui est important. Luc Vigneault se définit lui-même comme un  « électron libre » dans le paysage de la santé mentale du Québec en choisissant de n’appartenir à aucun groupe d’usagers ni à Pair Aidant Réseau (voir plus haut). Lutter  contre la stigmatisation dont sont victimes les pairs-aidants est l’un de ses chevaux de bataille. « Il faut savoir que les usagers représentés au Conseil d’administration des ressources sont bénévoles contrairement aux travailleurs non-pair-aidants. Pourtant, la valeur exceptionnelle de ces derniers est reconnue par les usagers et la littérature scientifique », explique-t-il. « C’est comme si les travailleurs non-pairs-aidants voyaient le pair-aidant comme une menace pour leur pouvoir.   Pour moi l’hostilité envers les pairs-aidants est de la stigmatisation pure et simple» conclut Luc.